apropos

Mercredi 21 février 2007

 

A l'heure de la campagne présidentielle, il serait temps de faire la chasse aux faux problèmes : paradoxalement, le premier d'entre eux, c'est celui que nous assènent les médias selon lequel la campagne n'aborderait pas les vrais problèmes !

 

C'est véritablement un "faux problème", au sens où l'entendait Bergson d'un amalgame d'éléments de natures différentes. On croit que la campagne n'aborde pas les vrais problèmes dans les médias alors qu'en fait, ce ne sont pas les sujets de débat qui posent probème mais le choix des médias qu'on lit ou écoute. Si l'on regarde France Europe Express, cela fait plusieurs années que l'on parle du problème majeur : la construction européenne (sachant que 2/3 des décisions qui nous intéressent sont prises à Bruxelles et non à Paris). Si l'on écoute les Matins de France Culture ou les Rendez-vous des politiques sur cette même chaîne,on y trouve une réflexion de qualité et de fond permanente.  

 

Arrêtons de dire que cette campagne est médiocre dans les éditoriaux des quotidiens tout en consacrant ses pages politiques aux querelles internes du PS, de la gauche altermondialiste ou aux RG.

 

Le faux problème, c'est donc croire qu'il y a un problème d'offre alors que les lacunes se situent du côté de la demande.

 

Le faux problème, c'est de se penser vierge de toute paresse intellectuelle alors que l'information et la réflexion politique demande un effort minutieux de recherche.

 

Le faux problème, c'est de se considérer ayant-droit alors qu'il serait temps de se concevoir conquérant, agissant et demandeur d'échange d'idées.

 

En espérant qu'à propos ne cèdera pas aux facilités des chercheurs d'or qui attendent une livraison à domicile au lieu de plonger leur deux pieds dans l'eau froide mais revigorante de la rivière où dorment les pépites... 

Par Collectif
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Mercredi 21 février 2007

A lire les réactions positives à l'oral de Ségolène Royal hier soir sur TF1, c'est à se demander si j'ai vu la même émission que les journalistes.

 

Une chose m'a particulièrement frappé : il semble qu'à de nombreuses questions d'ordres différents, la candidate du PS réponde selon un même schéma, selon une structure unique visant à résorber tout problème. 3 expressions sont revenues sans cesse durant la soirée :

 

- "c'est insupportable" (théâtralisation du constat)

 

- le "pacte" (forme que doit prendre l'action politique quelle que soit la situation)

 

- "gagnant-gagnant" (effet escompté de la politique de Mme Royal)

 

Au-delà de la lassitude produite par la récurrence ad nauseam de ces trois formules, c'est une conception de la politique qui s'est dessinée hier. Pour dire autrement ces trois temps de la politique : révolte feinte, confiance instaurée mais sans objet puisque le "pacte" prend la place du projet même à mettre en oeuvre, et démagogie d'un effet "win-win", comme disent les économistes, censé masquer le fait qu'il faudra des efforts et des sacrifices du côté des citoyens (régimes spéciaux, augmentation des impôts, flexibilité, etc.).

 

Je n'ai aucun mépris pour les pactes. Les épicuriens nous ont appris que le pacte (foedera) avec la nature, loin d'aliener les sociétés humaines, dessine une sphère de possibles.

 

J'ai peur qu'avec Ségolène Royal, les pactes tournent à vide, et que de la sphère, il ne demeure que l'amère sensation de tourner en rond...

 

O.L.

Par Collectif
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Jeudi 22 février 2007

A l'heure où les candidats semblent se désintéresser des enjeux internationaux au profit des revendications particulières de chaque Français, il nous a semblé judicieux d'inverser la donne. Voici l'histoire extraordinaire de deux Français à travers lesquels nous entendons les bruits du monde.

 

Depuis cette nuit blanche passée à confronter sans complaisance leurs points de vue sur le monde, le dernier soir d’un voyage à Auschwitz qui réunissait Arabes et Juifs de France et d’Israël, Mériam et Fabrice n’ont jamais cessé de correspondre. Leur dialogue nécessaire et réjouissant vient d’être publié.  

 

« Je me demande jusqu’où ça peut nous mener tout ça (…) Je trouve qu’on tourne en rond. » Au moment où Fabrice écrit ces lignes, cela fait près d’un an qu’il débat par e-mails avec Mériam. Ces moments de profond découragement, d’incompréhension voire d’épuisement devant l’incessant recommencement de la discussion, sont l’aune à laquelle il faut mesurer la force de leur échange. Si loin, si proches est le récit ordinaire d’une victoire sur la résignation. Mais également celui d’une authentique volonté d’accueil de l’autre. En effet, à l’heure où le simple mot « sionisme » est remaquillé, dans le langage courant, en visage contemporain de la haine, on imagine sans peine la perplexité de Mériam lors de sa première rencontre avec Fabrice : voilà quelqu’un de fin et de modéré avec qui l’on peut aborder tous les problèmes qui fâchent et qui pourtant se revendique sioniste sans la moindre honte ! Lorsqu’au retour de Pologne elle reçoit son premier mail, Mériam avec le sens de l’humour qui la caractérise, lui fait part de son étonnement, elle qui l’imaginait « trop heureux d’être débarrassé de cette terroriste ». Le livre est sans cesse ponctué par ces marques de complicité naissante. Ainsi se dessinent, au fil des discussions politiques et à mesure que s’affinent le portrait de ces deux jeunes français inscrits dans une réflexion intime sur leur culture, les contours d’une amitié.

 

Ce qui frappe dans Si loin, si proches, c’est la cohabitation de la franchise la plus tranchante et d’un dispositif de ménagement de l’interlocuteur omniprésent. On ne compte pas les « excuse-moi si je te parais excessif », « je ne veux surtout pas te vexer », « j’espère que je ne me suis pas mal exprimé ». Tout un arsenal de formules se déploie afin de marquer un net partage : je vise ce que tu penses, les positions que tu défends mais souhaite te préserver en tant qu’individu car tu es plus vaste que tes choix politiques. Sur ce point, l’accroche un peu racoleuse de l’éditeur est édifiante : « Il est juif et sioniste. Elle est musulmane et pro-palestinienne. Une amitié improbable. » La correspondance entre Mériam et Fabrice aboutit précisément à s’émanciper des positions attendues qui opposent le sioniste à la pro-palestinienne, à se défaire de l’emprise de ces mots qui assignent à chacun la place depuis laquelle il doit parler. Mériam et Fabrice ne sont les porte-drapeaux que d’eux-mêmes. Aujourd’hui, avec le recul amené par la publication de ce livre, Mériam estime qu’à travers la sensibilité de Fabrice, elle a commencé à « mieux comprendre celle des Juifs ». Les deux amis ont conscience que ce livre n’est qu’une petite étape d’un entretien interminable. Comme le dit Fabrice, à propos des moments de découragement traversés : « Le dialogue en lui-même pouvait paraître vain par moments, mais jamais la nécessité du dialogue. Et plus je trouvais le dialogue difficile, plus il me semblait nécessaire. »

  Si loin, si proches, de Mériam B. et Fabrice T. Lettres choisies et présentées par Natacha Samuel. Albin Michel.

 

   O.L. 

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Vendredi 23 février 2007

 

Quelle surprise, en allumant le poste, de tomber sur un extrait du meeting de Marie-Georges Buffet. Elle s’en prend violement à François Bayrou, à qui elle reproche d’avoir voté des textes à l’assemblée proposés par un gouvernement de droite. Olé ! Ca c'est envoyé ! Elle s’enflamme ensuite en enfonçant dans l’échine du centriste moribond, déjà un genou à terre depuis la fracassante révélation, le picador suivant : « Bayrou, plus libéral, tu meurs ! ». Dans le genre sentence expéditive et à peu près vide de toute signification aussi bien que de fondement, Mme Buffet vient de faire très fort. Déchirant d’un cri le rideau de clameurs et d’applaudissements,  M-G Buffet, telle Manolo dans son habit de lumière, lance avec orgueil la harangue suivante : « Ensemble, nous allons battre Bayrou ! »

Là je me suis dit que quelque chose était en train de bouger dans cette campagne. Il y a à peine deux mois, Bayrou se présentait comme le petit grain de sable qui tente d’enrayer la machine à broyer le pluralisme. Le voilà devenu marchand de sable pour le PS, « curieux » candidat mais inquiétant pour l’UMP, et homme à abattre pour l'ensemble des candidats. C'est le monde à l’envers… Et quand on sait que les haines les plus féroces opposent ceux qui appartiennent au même camp politique (les chiraquiens et les sarkozistes, les trotskistes entre eux, l’extrême gauche et le PS), et que l'on voit l'acharnement du PS, du PC ou de Libé contre lui, on se demande si Bayrou n’est pas définitivement passé dans l'autre camp.

O.L.

Par Collectif
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Samedi 24 février 2007

On en parle beaucoup en ce moment ; on en rêve plus exactement… Avec la publication de la biographie d’Eric Roussel consacrée à Pierre Mendès-France, cette figure d’une éthique de gauche qui aurait le visage de l’exigence politique se rappelle à notre bon souvenir. Nous nous prenons alors à reconstituer une filiation qui, allant de Jaurès à Mendès puis Rocard en passant par Delors, nous conduirait à l’héritier actuel de cette tradition. Qui, aujourd’hui, à gauche, incarnerait cette prévalence du possible sur l’utopie, cette mise en œuvre d’un pragmatisme juste qui produirait moins de laissés pour compte que des promesses sans lendemain ? Qui possède en ce moment même le courage de se défaire de la démagogie en posant cartes sur tables ? Il y a une dette abyssale, il y a un problème avec le financement des retraites, avec la dépense de l’Etat, avec les institutions européennes où se prennent les 2/3 des décisions qui nous concernent mais que les candidats négligent ou critiquent carrément (cf. la scandaleuse mise en cause de la Banque Centrale Européenne par Sarkozy, Royal et Villepin).

 

Des deux principaux candidats, le premier, Sarkozy, ne dupe personne en s’inventant Jaurès et Blum comme grands-pères, de la même façon que tout enfant pauvre a un oncle d’Amérique pour faire rêver ses copains. Sarkozy dont les promesses d’allègement fiscal équivalentes à 4% du PIB (environ 70 milliards d’euros) n’ont jamais été osées ni par Reagan ni par Thatcher. On ne peut parler ici de réalisme ni d’exigence. Quant à Ségolène Royal, qui devrait être l’héritière naturelle de cette éthique politique, que fait-elle d’autre sinon d’additionner une foule de petites promesses à autant de petites revendications particulières. Il n’y a chez elle ni vision globale, ni le courage de dire aux Français qu’ils sont à la veille d’une période d’efforts nécessaires : allongement de la durée de cotisation, flexibilité plus grande induite par la nouvelle configuration du monde de l’emploi aujourd’hui, mise en cause des régimes spéciaux, etc…

 

On rêve de trouver à gauche l’héritier de Mendès, Delors et Rocard. Ironie du sort, le seul candidat à avoir cité ces trois noms depuis le début de la campagne se trouve au centre droit. Bayrou ou l’enfant caché de la deuxième gauche ? Décidément ma petite dame, il n’y a plus de saisons…

 

O.L.  

 

 

Par Collectif
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