Mercredi 7 mars 2007

Nous nous en sommes à peine rendus compte : la Vème République est morte en silence et en trois actes. Le premier ? Le référendum sur l’instauration du quinquennat le 24 septembre 2000 adopté largement mais boudé par 69% des Français. Pourtant l’enjeu était majeur : empêcher, pour un temps, les cohabitations en faisant coïncider élections présidentielles et législatives. Le second ? La découverte, le 21 avril 2002, que l’extrême droite pouvait se hisser au second tour de l’élection présidentielle. Et la réaction de la droite qui, loin de rassembler toutes les sensibilités politiques du pays, comme cela s’imposait, a créé une machine à obtenir le pouvoir : l’UMP ou Union pour la Majorité Présidentielle.

Le troisième acte est l’histoire d’une victime : le Parlement. Tandis qu’un raz-de-marée bleu a envahi l’Assemblée Nationale, le Parlement s’est mué en chambre d’enregistrement des projets du gouvernement. 5 ans d’une mascarade législative où le gouvernement est sans cesse passé en force, empilant les lois.

À l’origine pourtant, il y avait un beau projet. Le quinquennat devait radicalement changer les institutions. Le premier président élu pour un quinquennat allait avoir un rôle historique : à lui de proposer un nouvel équilibre des pouvoirs qui redonnerait sa place au Parlement et rendrait le président d’avantage comptable de ses engagements, en phase avec les temps politiques de la nation, sorte de super Premier ministre. A lui de proposer un nouveau style présidentiel, à la hauteur de l’enjeu.

Or pour l’instant, ce projet n’existe plus. Le coupable ? Jacques Chirac, un président autiste et irresponsable. En affaiblissant d’abord l’aura de la fonction présidentielle par la dissolution aventureuse de 1997 comme par son train de vie dispendieux, en méprisant ensuite le pacte républicain du second tour de 2002, qui imposait de gouverner au centre avec toutes les sensibilités politiques, il a choisi d’être le fossoyeur de la Vème République plutôt que son nouveau messie.  

Heureusement il en va de la politique, comme de l’économie. Elle connaît des cycles. Une fois au fond, un jour, on remonte. Il ne faut rien de moins qu’une petite révolution pour que la pratique des institutions se retrouve enfin en phase avec le désarroi social, politique et civique du pays. Seul le message de rassemblement de François Bayrou peut ouvrir cette voie. Cette fois-ci, les élections législatives devront avoir un sens fort. S’il est impératif que les électeurs valident leur choix présidentiel, il l’est tout autant qu’ils fassent un choix local. L’enjeu est de taille. Entre le tout majoritaire qui annihile le Parlement et la fausse démocratie participative qui ne s’invente qu’en période électorale, il existe depuis longtemps un beau compromis historique à réhabiliter : la représentation.

B.B.

Par Collectif - Publié dans : apropos
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