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Lundi 26 février 2007

 

 

 

Parent pauvre du débat présidentiel, la santé mentale n’est-elle pas pourtant, en raison de son objet même qui implique l'être humain dans sa totalité, politique par essence ? Elle mérite en tout cas que nos futurs dirigeants s’en préoccupent. La prise en considération de la souffrance psychique dont je parle ici dépasse les frontières du soin hospitalier et touche à des domaines tels que la précarité, le scolaire ou le handicap, pour n’en retenir que quelques uns.

Les enfants que nous recevons dans nos cabinets ou nos centres pour une situation d’échec scolaire plus ou moins accentuée, allant dans certains cas jusqu'à une phobie qui les invalide totalement, n’ont que faire des propositions centrées sur une amélioration de la pédagogie. Chez eux c’est l’absence d’un père, un secret de famille, une situation familiale invivable, qui condamne toute possibilité d’intériorisation de connaissances qu’ils n’ont pas la place d’accueillir au milieu du chaos de souffrance dans lequel ils sont plongés. Aujourd'hui, il faut parfois attendre 6 mois pour un premier rendez-vous dans un CMP ou un CMPP, lieux de consultation qui, pour certains, menacent d’être fermés (car jugés insuffisamment rentables) alors que la demande ne cesse de croître chaque année.

Prenons un autre exemple, tout aussi patent : celui de la prise en charge des enfants autistes, récemment passés du statut de « personnes souffrant d’une pathologie mentale » à celui d’handicapés. Si tout cela n’était qu’une affaire de vocables, je me garderais bien de vous faire part mes préférences sémiotiques. Mais voilà, en changeant de statut, ces enfants ont vu leur destin bouleversé : ils se retrouvent aujourd'hui pour la plupart dans des centres accueillant des jeunes souffrant de handicaps physiques ou mentaux, et où des prises en charge psychothérapiques leur sont rarement proposées. Handicapés, ils risquent de le devenir vraiment à force de se taper la tête contre ces murs d’ignorance que l’on dresse autour d’eux en refusant d’entendre parler de souffrance psychique, préférant faire l’hypothèse une unique cause génétique.

Enfin, il est un dernier point que je voudrais évoquer avec vous aujourd'hui : celui de la précarité. La proposition faite récemment de création de logements sociaux pour accueillir les personnes sans domicile fixe est certes séduisante mais qu’en est-il de la réflexion profonde sur les causes de cette plongée dramatique dans la spirale de l’exclusion ? Il suffit d’écouter parfois dans le métro le débit singulier de certains « clochards » pour entendre, derrière ce flot monotone de paroles, l’empreinte d’une souffrance psychique profonde, d’une brisure dans leur être même que ne saurait colmater un lit chaud. Ces personnes-là ont parfois d’ailleurs un foyer, voire même un appartement mais se trouvent dans l’incapacité psychique de l’investir. La création d’appartements thérapeutiques offrant la possibilité d’une écoute par une équipe formée pour cela semble indispensable. Il n’en est pourtant jamais question quand ce sujet est abordé. Les moyens manquent, mais qu’en est-il des volontés : font-elles aussi défaut comme en témoigne l’incapacité des gouvernements à poser le problème correctement ?

Il me semble que sur toutes ces questions-là et bien d’autres encore, les « psy » ont leur mot à dire et le devoir de le faire, tout autant bien sûr que les hommes et femmes politiques, afin que ne tombent pas dans les oubliettes du désintérêt général certains enjeux sociétaux majeurs. Il est de notre devoir de travailler ensemble à une société plus juste, mais surtout plus préparée à accueillir les différences.

J.L.

Par Collectif - Publié dans : apropos
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