Samedi 24 février 2007

On en parle beaucoup en ce moment ; on en rêve plus exactement… Avec la publication de la biographie d’Eric Roussel consacrée à Pierre Mendès-France, cette figure d’une éthique de gauche qui aurait le visage de l’exigence politique se rappelle à notre bon souvenir. Nous nous prenons alors à reconstituer une filiation qui, allant de Jaurès à Mendès puis Rocard en passant par Delors, nous conduirait à l’héritier actuel de cette tradition. Qui, aujourd’hui, à gauche, incarnerait cette prévalence du possible sur l’utopie, cette mise en œuvre d’un pragmatisme juste qui produirait moins de laissés pour compte que des promesses sans lendemain ? Qui possède en ce moment même le courage de se défaire de la démagogie en posant cartes sur tables ? Il y a une dette abyssale, il y a un problème avec le financement des retraites, avec la dépense de l’Etat, avec les institutions européennes où se prennent les 2/3 des décisions qui nous concernent mais que les candidats négligent ou critiquent carrément (cf. la scandaleuse mise en cause de la Banque Centrale Européenne par Sarkozy, Royal et Villepin).

 

Des deux principaux candidats, le premier, Sarkozy, ne dupe personne en s’inventant Jaurès et Blum comme grands-pères, de la même façon que tout enfant pauvre a un oncle d’Amérique pour faire rêver ses copains. Sarkozy dont les promesses d’allègement fiscal équivalentes à 4% du PIB (environ 70 milliards d’euros) n’ont jamais été osées ni par Reagan ni par Thatcher. On ne peut parler ici de réalisme ni d’exigence. Quant à Ségolène Royal, qui devrait être l’héritière naturelle de cette éthique politique, que fait-elle d’autre sinon d’additionner une foule de petites promesses à autant de petites revendications particulières. Il n’y a chez elle ni vision globale, ni le courage de dire aux Français qu’ils sont à la veille d’une période d’efforts nécessaires : allongement de la durée de cotisation, flexibilité plus grande induite par la nouvelle configuration du monde de l’emploi aujourd’hui, mise en cause des régimes spéciaux, etc…

 

On rêve de trouver à gauche l’héritier de Mendès, Delors et Rocard. Ironie du sort, le seul candidat à avoir cité ces trois noms depuis le début de la campagne se trouve au centre droit. Bayrou ou l’enfant caché de la deuxième gauche ? Décidément ma petite dame, il n’y a plus de saisons…

 

O.L.  

 

 

Par Collectif - Publié dans : apropos
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