Samedi 23 juin 2007

Cher tous,

La fin des campagnes présidentielles et législatives ayant asséché pour le moment la volonté de publier régulièrement sur ce blog, nous retournons à nos amours premières, c'est-à-dire les relations entre mémoire, histoire et leurs représentations :

Rendez-vous sur le blog intitulé "Passeurs de mémoires" : http://passeursdememoires.over-blog.com/

A bientôt

 

Par Collectif - Publié dans : apropos
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Samedi 14 avril 2007

Bien que cela n’ait surpris personne, Michel Rocard a donné un coup de pied salutaire dans la fourmilière du Parti Socialiste. L’ancien premier ministre appelle Ségolène Royal à « s'engager dans la voie d'une alliance » avec François Bayrou avant le premier tour de la présidentielle. Il va de soi que d’ici le 22 avril, jamais la candidate socialiste ne fera de déclaration dans ce sens, à moins de n’avoir aucune envie de figurer au second tour. Il va également de soi que Bayrou se frotte les mains en entendant se rallier à la cause du grand rassemblement qu’il appelle de ses vœux un homme d’état de cette stature.

 

Toutefois, le problème demeure : que faire de cette déclaration et comment l’interpréter ? Etant acquis le fait qu’aucun des deux candidats ne se désistera pour l’autre avant le second tour, il faut entendre la requête de Rocard de deux façons : a) il me semble que s’il était pleinement convaincu de la validité de la candidature de Mme Royal, il se plierait à la discipline de parti et défendrait les couleurs du PS avec enthousiasme. Or, Rocard comme DSK désirent une ouverture vers l’UDF car la ligne centriste est bien plus compatible avec leur projet politique que celle d’une majorité de socialistes (sur l’Europe, la sociale-démocratie, l’acceptation d’une économie de marché performante au service d’une redistribution équitable, etc.)  b) il me semble ensuite que Rocard a bien compris que le PS, même avec un bon report de voix de la gauche au second tour, ne battrait pas N. Sarkozy. Pire, il n’obtiendrait sans doute pas une majorité stable aux législatives de juin. En somme, à un degré bien moindre, le PS est exactement dans la même situation que l’UDF, il va devoir choisir avec qui gouverner, car seul il est trop faible.

 

C'est donc ici le sens même de cet appel, a priori inutile, de M. Rocard : le PS doit renoncer à une gauche plurielle qui le paralyse et préférer une alliance au centre plus moderne, plus responsable, plus européenne… et ce, même s’il ne figure pas au second tour de la présidentielle…

 

 

Par Collectif - Publié dans : apropos
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Vendredi 23 mars 2007

On entend souvent cet argument implacable dans les rangs des pacifistes, manifestants et indignés de tous ordres : « Les puissants de ce monde n’accordent pas la même valeur à une vie humaine selon qu’elle se situe près d’un gisement de pétrole ou sur une terre vierge de toute richesse. » Malgré sa facilité et son parfum de populisme, cet argument semble difficilement contestable. En revanche, et c'est au moins aussi préoccupant qu’exaspérant, cet argument doit être retourné contre ceux qui le brandissent. En effet, les manifestations sont fournies lorsqu’il s’agit de défendre le peuple irakien ou palestinien (ou plus exactement pour accuser les états américains ou israéliens). Où sont ces mêmes manifestants lorsqu’il s’agissait de se mobiliser contre les crimes de masse en République Démocratique du Congo ? Où sont les amoureux des droits de l’homme quand il s’agit de défendre ceux des populations au Darfour massacrées par les Janjawid ? Où sont ceux qui fustigent les médias (accusés d’être les relais des pouvoirs politiques et financiers) mais qui ne s’indignent et ne se mobilisent que pour les causes médiatiques et médiatisées ? Où sont les libres d’esprits quand la complexité d’un conflit ouvre grande la porte rouillée de la prison idéologique dans laquelle ils sont enfermés ?

 

A l’horreur des tueries, des viols et des pillages, s’ajoute le scandale d’une indifférence à géométrie variable. Il n’y a lieu de se mobiliser que si les victimes correspondent au cahier des charges de la victime, que si les oppresseurs sont puissants et occidentaux, que si les caméras qui sont sur place assurent à la mobilisation un nombre proportionnel de caméras le jour de la manif’.

 

Les révoltés sont parfois révoltants…

 

O.L.

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Samedi 17 mars 2007

Comment donner à voir le lien ténu qui constitue une communauté ? La pièce d’Ariane Mnouchkine, Les Ephémères, est faite d’une multiplicité de petites séquences narratives autonomes, qui articulent un discours transversal sur la misère sociale et affective de notre société.

 

La Cartoucherie de Vincennes. Dans ses moindres détails, l’univers d’Ariane Mnouchkine nous donne le sentiment de participer à la constitution d’une communauté politique. Je désigne ici sous le nom de « communauté » une forme de choix, d’élection, qui incite les individus à se regrouper autour d’un projet commun. Le temps d’une représentation, les spectateurs font l’expérience de ce lien subtile qui devrait être le ciment véritable de toute communauté : ce qu’Aristote appelle la philia, c'est-à-dire l’amitié. Sur ce terrain, les épicuriens iront plus loin en jouant la philia contre la cité. Pour eux, la cité n’étant plus la condition du bonheur, il faut chercher celui-ci dans l’établissement d’une communauté restreinte fondée sur l’affinité. C'est sur ce point que le projet d’Ariane Mnouchkine est profondément politique car il propose un modèle de communauté. En effet, avant que la représentation commence, les spectateurs choisissent souvent de s’attabler dans la pièce à côté et de manger de délicieux plats pour des prix très faibles. Les personnes qui les servent, ils les retrouvent 30 minutes plus tard sur scène puisque ce sont les comédiens eux-mêmes ! La structure même du théâtre est faite de deux pans de gradins, face à face, où l’on voit nettement le visage des personnes assises face à soi. Ainsi, les spectateurs sont inscrits dans le champ visuel de la représentation théâtrale, comme en miroir les uns des autres, comme pour se signifier en permanence les uns aux autres qu’ils partagent une expérience commune.

 

Des capsules de vie brutes

 

De ce dispositif particulier naissent des contraintes (et donc des trouvailles) de mise en scène. Nous assistons à une vingtaine de petites unités narratives qui sont autant de situations quotidiennes prélevées dans l’instant de leur plus grande intensité : un homme soigne sa femme, sa fille rentre avec les commissions, il lui hurle dessus, nous comprenons qu’il vient de battre sa femme. Un couple de retraité s’est endormi devant la télévision. On frappe à la porte, c'est leur petit-fils qui vient réclamer de l’argent pour acheter de la drogue en réveillant tout le voisinage. Les deux vieillards sont déchirés entre l’idée de l’enfoncer dans la dépendance en achetant leur tranquillité d’un billet glissé sous la porte ou alors de tenir bon tout en ayant le sentiment d’abandonner leur petit-fils. Il y a aussi l’histoire de ce travesti, que les enfants du quartier viennent observer comme s’il était une sorcière, mais qu’une fillette va prendre en affection. Ces multiples histoires prennent place sur des plateaux roulants qui traversent la scène toute en longueur. La musique omniprésente et la mobilité des unités scéniques donnent un tour fortement cinématographique à ces capsules de vie brutes. Les plateaux tournent sur eux-mêmes, produisant un effet similaire à celui d’un travelling circulaire au cinéma, accentuant la dimension dramatique des scènes. Qu’est-ce qui relie toutes ces séquences de vie éparses ? Le titre Les éphémères suffit-il à justifier le morcellement de ces tranches de vie ? Il y a une dimension radioscopique dans cette pièce. Toutes les couches de la société y sont représentées, de la SDF psychotique à la famille aristocratique, des enfants aux vieillards, des hommes aux femmes en passant par ceux dont le genre pose problème. Nous avons devant les yeux un condensé de notre société, dont les membres connaissent chacun à leur tour un événement qui va entraîner un bouleversement existentiel, une remise en cause totale de leur point de vue (symbolisée par la vitesse avec laquelle tourne les plateaux). Ce qui fait communauté, dans cette mosaïque de vies, c'est le partage secret d’une certaine expérience de décentrement. Ils sont arrachés à leurs certitudes, à leurs préjugés, à leurs illusions, au socle idéologique ou affectif sur lequel reposait leur vie. Nous assistons au moment de bascule, de vacillement existentiel. Comme le note C. Buci-Glucksmann dans son Esthétique de l’éphémère, l’éphémère est aujourd’hui une nouvelle modalité du temps : famille, travail, flexibilité, précarité. Elle scelle la fin des grands récits au profit des petites unités. L’éphémère renvoie bien évidemment aux vanités, ces peintures qui nous rappellent la brièveté de la vie. En somme nous dit Buci-Glucksmann, l’éphémère est « la sagesse de l’existence exposée à sa fragilité ». C'est peut-être cette fragilité assumée ou découverte de l’existence qui va tisser le lien qui, entre ces personnages, fait communauté.  

 

 

O.L.

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Lundi 12 mars 2007

La récente tribune de Dominique Strauss-Kahn publiée par Le Monde, dans laquelle il appelle à un rassemblement autour de Ségolène Royal, est une douloureuse estocade pour les partisans de François Bayrou, mais également un extraordinaire aveu d’impuissance. Il faut, pour bien mesurer ces deux phénomènes, rappeler deux faits très simples :

a)      De très nombreuses personnes, sans être membres du Parti Socialiste, étaient prêtes à donner leur suffrage à DSK. Les militants ayant préféré S. Royal pour de périlleuses raisons (sa capacité attestée par les sondages à battre N. Sarkozy) tous ces électeurs potentiels se sont retournés vers Bayrou.

b)      Ce ralliement des futurs électeurs au candidat centriste est tout naturel puisque les deux hommes partagent une communauté de vues sur de très nombreux sujets : la construction européenne, le dynamisme économique au service d’une juste répartition, le dépassement des archaïsmes idéologiques. D’où la seconde remarque : DSK qui est infiniment plus proche de Bayrou qu’il ne l’est de Fabius, Mélenchon ou Emmanuelli, argue de la nécessité d’une opposition tranchée sur l’échiquier politique. S’il ne cherchait pas à le ménager pour la suite, F. Bayrou répondrait à DSK que l’opposition la plus tranchée et la plus absurde du paysage politique français est celle qui sévit au sein même du PS.

Personne n’est dupe de la manœuvre de DSK. Même s’il désirait franchir les lignes partisanes du clivage gauche/droite, il ne pourrait le faire en cette période. Il passerait pour un lâcheur ou un opportuniste. Deux hypothèses nous sont ouvertes. Dans la première, DSK attend le premier tour et, si Bayrou se retrouve face à Sarkozy, il saura négocier habillement une union contre la droite sans passer pour un félon. Dans la seconde, il parie sur l’échec de Ségolène Royal et prendra son mal en patience. Dans 5 ans, il sera en meilleure position pour se porter candidat à la candidature du PS.             

Dans les deux cas de figures, DSK devra composer avec l’étrange machine bicéphale que constitue le PS, dont la réunion idéologique paraît bien plus compromise que le rassemblement proposé par Bayrou et fustigé par le « Sarcellois ».

O.L.

Par Collectif - Publié dans : apropos
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